"Il y avait parmi les peuples qui vous ont précédés un roi, et ce roi avait un magicien à son service. Ce dernier sentant sa mort prochaine dit au roi:
-"Je suis devenu très âgé; aussi, envoie-moi un jeune homme afin que je l'initie à mon art".
Il lui envoya un jeune homme pour être à son service. Sur son chemin vers la demeure du magicien, le jeune homme rencontra un ermite qui vivait à l'écart des gens. Il resta à l'écouter parler des enseignements de sa religion, et en fut séduit. Dès lors, à chaque fois qu'il allait chez le magicien, il restait un moment chez l'ermite, avant de continuer son chemin. Ces retards qui devenaient fréquents, lui valurent le châtiment du magicien qui le battait à chaque fois. Il s'en plaignit alors à l'ermite qui lui donna ce conseil:
-"Si tu as peur du magicien, dis-lui que ce sont tes parents qui t'ont retenu à la maison, et si tu as peur de tes parents, dis-leur que c'est le magicien qui t'a retenu chez lui."
Les choses se passèrent ainsi jusqu'au jour où le jeune homme, en allant chez le magicien, tomba face à face avec une énorme bête qui empêchait les gens de passer. Il se dit alors:
-"Aujourd'hui, je vais savoir qui du magicien ou de l'ermite est le meilleur."
Et il prit un caillou et le jeta contre la bête en disant:
-"Mon Dieu! Si ce que fait l'ermite est préférable à Tes yeux à ce que fait le magicien, anéantis cette bête afin que les genspuissent passer!"
Le caillou atteignit la bête qui tomba raide morte, et les gens purent poursuivre leur chemin. Apprenant cela, l'ermite lui dit:
-"Ô mon fils! Je vois que tu es devenu meilleur que moi. J'ai maintenant une idée du degré que tu as atteint. Mais tu vas être soumis à des épreuves, et auquel cas, ne parle à personne de moi."
Et c'est ainsi que le jeune acquit le don de guérir les muets, les lépreux, et de nombreuses autres maladies. Sa renommée fut telle qu'un dignitaire du roi atteint de cécité vint le voir muni de nombreux cadeaux en lui disant:
-"Si tu arrives à me guérir, tout cela sera à toi".
Le jeune homme lui répondit:
-"Moi, je ne guéris personne; c'est Allah seul qui guérit. Si tu crois en Lui, je L'invoquerai en ta faveur et Il te guérira."
Il crut donc en Allah et retrouva la vue. Il alla ensuite s'asseoir au conseil du roi comme d'habitude et, celui-ci, voyant qu'il avait recouvert la vue, lui demanda:
-"Qui t'as rendu la vue?"
-"Mon Seigneur", lui répondit-il.
Le roi lui dit:
-"As-tu un roi en dehors de moi?"
-"Oui, Allah. Mon Seigneur et le tien", lui répondit le dignitaire.
Furieux, le roi le fit arrêter et torturer, jusqu'à ce qu'il révéla le nom de celui qui lui avait inculqué la foi en Allah, c'est-à-dire le jeune homme. On amena celui-ci devant le roi qui lui dit:
-"Mon fils, ta magie a atteint un tel degré de perfection que tu arrives à guérir les muets, les lépreux et à faire telle et telle chose..."
Le jeune homme lui répondit:
-"Je ne guéris personne; c'est Allah seul qui guérit!"
Le roi le fit arrêter à son tour et le tortura jusqu'à ce qu'il révéla le nom de l'ermite. On amena donc l'ermite et le roi lui ordonna de renier sa foi. Il refusa catégoriquement, ce qui enragea le roi qui ordonna qu'on amène une scie, qu'on la place sur son crâne et qu'ensuite on le coupe en deux. Ainsi fut fait. On amena ensuite le dignitaire de la cour qui fut sommé de renier sa foi, ce qu'il refusa catégoriquement. A son tour, on lui mit la scie sur le sommet du crâne et il subit le même sort.
Ce fut ensuite au tour du jeune homme d'être amené devant le roi qui lui ordonna de renier sa foi, ce qu'il refusa catégoriquement. Le roi le livra alors à ses soldats en leur disant:
-"Emmenez-le sur telle montagne et, lorsque vous arriverez au sommet, sommez-le de renoncer à sa foi. S'il le fait, laissez-le, sinon jetez-le du haut de la montagne".
Ils l'emmenèrent donc et lui firent gravir la montagne. Le jeune homme s'adressa alors à Allah en ces termes:
-"Mon Dieu, délivre-moi de leurs mains selon Ton bon vouloir!"
Aussitôt, la montagne trembla sous leurs pieds et les soldats furent précipités dans le vide. Il revint donc sain et sauf et se présenta devant le roi qui, étonné de le voir, lui dit:
-"Qu'est-il arrivé à ceux qui t'ont emmené sur la montagne?"
Il lui répondit:
-"Allah m'a délivré de leurs mains."
Il le livra alors à un autre groupe de soldats en leur disant:
-"Emmenez-le dans une barque et, une fois arrivés en haute mer, sommez-le de renier sa foi, s'il ne le fait pas jetez-le au fond de la mer."
Ils l'emmenèrent donc au large. Le jeune homme s'adressa de nouveau à Allah en ces termes:
-"Mon Dieu, délivre-moi de leurs mains selon Ton bon vouloir!"
Aussitôt, la barque se renversa et les soldats du roi tombèrent dans la mer où ils se moyèrent. Le jeune homme s'en retourna de nouveau sain et sauf vers le roi qui, étonné encore une fois de le voir revenir sans encombres, lui dit:
-"Qu'est-il arrivé aux hommes qui t'ont emmenés dans la barque?"
Il lui répondit:
-"Allah m'a délivré de leurs mains", puis ajouta:
-"Tu ne pourras te débarrasser de moi que si tu suis mes instructions."
-"De quoi s'agit-il?" dit le roi.
Le jeune homme lui répondit:
-"Rassemble ton peuple au même endroit, puis attache moi à un arbre et prends une flèche dans mon carquois; ensuite, place cette flèche sur la corde de ton arc et, au moment de viser, tu diras:" Au nom d'Allah, Seigneur de ce jeune homme!" C'est en faisant cela seulement que tu pourras me tuer."
Le roi fit rassembler donc son peuple au même endroit, puis fit crucifier le jeune homme à un arbre; il prit ensuite une flèche de son carquois, la plaça sur la corde de l'arc et visa en disant: "Au nom d'Allah, Seigneur du jeune homme". La flèche partit et atteignit à la tempe le jeune homme qui rendit l'âme. Le peuple qui avait assisté à ce supplice s'écria alors: "Nous avons foi en Allah, le Seigneur de ce jeune homme!" Un dignitaire de la cour vint voir le roi et lui dit:
-"Vois-tu ce qui est en train de se passer? Ce que tu appréhendais, vient de se réaliser. Ton peuple est en train de proclamer sa foi en Allah!"
Furieux, le roi ordonna qu'on creuse des fossés sur les bords des routes et qu'on y fasse allumer de grands faux pour y jeter tous ceux qui refuseraient de revenir à leurs anciennes croyances. Ses instructions furent appliquées et tous ceux qui refusèrent de renier leur foi en Allah furent précipités dans ces fossés. Lorsque arriva le tour d'une femme qui portait un bébé dans ses bras, elle hésita un moment. Mais le bébé se mit à parler et lui dit:
-"Ô mère! Fais preuve de constance, car tu es dans la vérité!" Rapporté par Muslim.
(Riyad Es-Salihine)

